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je suis cheval

par la résistance au vent et l'agacement des taons

par la cambrure je suis cheval et la mélancolie de l'oeil

par le goût jaune de l'herbe

cheval par la racine

et la betterave

par le licol l'encolure et l'entrave

par la chaleur sur les flancs de la caresse

et par l'éperon qui blesse je suis

cheval par le galop fou des grandes plaines

par les cuisses indiennes je suis cheval

par la solitude et la promiscuité des stalles

cheval par l'odeur salée du crottin la corne des sabots

et la crinière

je suis cheval

rêche

par la jument qui met bas

je suis cheval

et par les bruits des fers sur les routes de nuit

je suis cheval par le joug des sillons et la charrue

le poids des algues en remontant des grèves

cheval par les naseaux qui fument sous le soleil

et la sueur des muscles sous la peau

je suis cheval par la solitude obstinée

et la liesse des allures d'ensemble

par les ruades soudaines

et la mort en abattoir

je suis cheval par mutisme et par mutinerie

par les bruits des cailloux sous les rivières

cheval par les eaux qui s'ébrouent et les absences de sentiment

par les pattes fragiles des poulains et l'entêtement

à se mettre debout cheval

par le refus de porter et le dos qui accueille

je suis cheval croupe au vent et à la mer

par le silence et la nostalgie des cils

cheval

par la vigilance et l'élégance du sommeil

par les frottements des flancs et le jeu des femelles

je suis cheval par le roulis du corps sur la dune

le hennissement d'effroi et de colère

par le front baissé je suis cheval sous le soleil et la neige 

sous la grêle et par l'audace d'avancer

cheval par le refus de poursuivre

et par les oiseaux nettoyeurs par la fatigue

qui ploie mes genoux et m'allonge

cheval par des danses de l'été

je suis cheval 

par mon grand-père et par les tranchées

par la boue et la balle qui achève

par mon ventre ouvert qui fait refuge aux soldats de la Route

blessés

je suis cheval par le printemps par le sang et le sol

par les incendies et les charrettes humaines

cheval par les oreilles alarmées

par les peintures arabes le finistère et delacroix

par Abd el Kader et les courses éperdues

je suis cheval par de vinci et par principe

cheval par la grâce de la terre 

et de l'immobilité

lourde d'hiver

 

je suis cheval

À mon grand-père Olivier Péan

 

Anne Jullien, Poids plume 2017

 

 

 

Il y a toujours un moment où le pouls de Poids plume s'accélère. C'est maintenant. 

L'émerveillement est pour chaque levée de boîte aux lettres. Vos livres arrivent un par un. Parfois deux le même jour. On sait que le rythme va s'accélérer aux alentours du 20 pour être à son comble le 25 et ralentir le 26. Quelques retardataires useront du fameux "cachet de la poste qui fait foi" pour nous parvenir lundi 29 (envoi le 26, J + 2 ouvrés au tarif lettre verte = 29 dans la boîte). Après, la boîte aux lettres reprendra son morne rythme de courriers administratifs. Et votre poésie nous manquera.

D'ici là, le temps prend le tempo de notre attente, peut-être de la vôtre. Une attente jalonnée de rendez-vous et de pas de fourmis.

Une ligne d'arrivée, proche, lointaine, incertaine.

 

 

Écrivez un livre poème, envoyez-le nous avant le 26 janvier pour une possible publication le 3 mars si votre oeuvre est choisie. 

Si vous avez un public potentiel - si vous êtes commerçant, travailleur social, enseignant, bibliothécaire, médecin en cabinet ou en institution, ambassadeur de la poésie pour l'OCCE (au hasard ou presque ;), à l'accueil d'une salle de spectacles, que sais-je encore, et si vous avez une sensibilité au poème - manifestez vous auprès de nous sans tarder. Vous êtes peut-être un prochain passeur de poèmes Poids plume. 

Vous trouverez les informations utiles ici : site