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À fortiori

 

si un poème 

est troué de partout

est-ce encore

un poème

 

- oui raison de plus

un poème troué de toutes parts

c'est sans doute davantage

un vrai poème

 

& un poème froissé aussi

& un poème épinglé

& un poème biffé

& un poème écorché vif

 

& un poème taché aussi

& un poème déchiré

& un poème trempé

& un poème broyé

 

tous les poèmes

faut les essorer

faut les brûler

pour les purifier

 

tous les poèmes

faut les mettre en morceaux

faut les noyer

faut les passer au mixer

 

faut en faire

de la pâte à papier

puis des feuillets vierges

où les faire renaître nus

 

les mots sur le papier

faut qu'y reviennent

du chaos       du déluge

pour qu'y sonnent vrai -

 

Hamid Tibouchi

inédit - Poids plume 2017

 

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Poids plume est depuis samedi chez les passeurs de poèmes. En voici la liste, c'est ici --> passeurs_de_po_mes_en_2017

 

Il y a des poèmes troués, oui, peut-être bien, dans Poids plume 2017. Vous les chercherez, et puis vous nous direz.

Des poèmes entiers, des poèmes passerelle aussi. Des cris, des gribouillages, de la dentelle, du silence. Des mots ciselés, d'autres en bouquets, en fleurs sauvages, en porc-épic. Des mots sans fusils, des mots debout, des mots tachés, des mots assis, des mots à cheval. Des ratures. 

Des mots de la dernière pluie, des fautes d'orthographe, des passés simples improbables, des coups de gueule, de l'élégance et des choses brutes. Du tâtonnement, du doute. Des textes tout petits qui s'étalent pour prendre 8 pages, des tout serrés tout denses qui économisent le moindre millimètre carré de feuille pour une molécule de sens de plus. Des luxuriants, des sobres.

Ils sonnent vrai, les poèmes...

Pas seulement Poids plume, mais toutes les paroles en faisceau :

de Mahmoud Darwich, Azad Ziya Eren, Sapardi Djoko Damono, Charles Bukowski, Max Jacob, Hamid Tibouchi, Marlène Tissot, Jean-Pierre Siméon, les textes parrains, marraines, parents, jusqu'aux tout petits commentaires à propos improvisés dans l'immédiateté de l'oralité. Les paroles en faisceau comme on a pu les entendre hier soir sur une petite scène rochelaise, en kurde, en indonésien, en allemand, en espagnol, en mandarin, en arabe, en patois, en français, en suédois...*

Ainsi, Poids plume 2017 a enfin pris sa place dans la grande vigne du texte s'écrivant grimpant au texte déjà écrit pour franchir les murs. les murs, les frontières, les océans, les barbelés, l'arbitraire.

La magie du verbe qui monte, volage, fugace, où vibrent les engagements chevillés aux mots : le dire vrai qui fait avaler les larmes, la voix qui tremble un peu, la dignité parole fière, le chant, la conviction, l'humilité, les significations, "sous le bâillon, le poème".

La magie qui peut nous envoûter nous soulever nous évader parce que l'on sait que les écrits nous resteront, pour après, pour plus tard quand la communauté éparpillée nous aura rendus à nos solitudes respectives. Nous resterons reliés par le mot entendu, gardé, lu, reliés par la voix tremblée, nos souvenirs ensemble. 

On ne savait pas qu'un public pouvait encore rester debout, silencieux, une oreille fervente collée à la bouche des poèmes, la soirée durant.

On ne savait pas que Poids plume vous retiendrait aussi longtemps : trois ans, déjà. 

Ils transcendent les chaos, les déluges, les poèmes, et on les a reçus, les mots couteau les mots cri les mots de l'exil les mots de l'innomable les mots de l'espoir : "cette petite chose avec des plumes"

Ils sonnent vrai, comme on les a cueillis, aux pages laborieuses des mains apprenties parfois. 

 

Trébuchants, débutants, naïfs, sans dessus dessous, des phrases sans début sans fin et sans milieu

un hiver, un cri, un je-tu-il, une fée et rick, une joie ouvrière, un brouillard, des fenêtres, Gaïa

 

Ils sont encore des poèmes. Tous des poèmes. 

 

 

 

Demain nous publions la liste complète des 44 livres poèmes publiés en 2017. Ils sont en tout 10 000 exemplaires à franchir de seuil de vos poches, de vos yeux, de votre voix. C'est pas énorme, 10 000. Mais c'est le début d'un beaucoup.

*Et un clin d'oeil grand-merci à la BU et au CIEL de l'université de La Rochelle, aux copains du bar culturel Aïôn, aux copines de Vibrations Poétiques, à tous les étudiants et au public, qui ont fait de cette soirée Poètes Globe Trotters un moment intense.