Ils ont entre septante et cent ans. Parfois plus. 

L'âge, la maladie, l'éloignement de leur famille, l'activité professionnelle de leurs proches ou l'isolement leur ont fait faire le choix de la collectivité, à l'heure automne-hiver de leur vie. Un choix qui parfois n'en est pas un. Une bizarre colonie de vacances où s'égraine le temps qui parfois peine à s'écouler alors qu'on en a tant manqué, autrefois.

Collocs d'un autre âge, ils vivent ensemble dans des lieux de vie spécifiques.

On appelle ça les EHPAD, aujourd'hui. Le siècle aime les lettres dont les mots se sont absentés. Il n'y a pas si longtemps, on appelait ça les maisons de retraite. Ailleurs, on appelle ça des résidences pour seniors. Ou encore EHPA. Il y a un D de différence, c'est le D de Dépendance. 

Poètes, ils le sont peut-être.

Comme vous, comme moi, peut-être plus, à cause, parfois, de certain détachement de la chose dite, de certain regard sur le présent, de certaine philosophie jaillie de leur retraite. Poètes sans papiers. 

Dépositaires d'une parole que parfois eux-mêmes ignorent ou maltraitent. Avec un supplément d'humilité que leur donne la perspective, leur point de vue imprenable sur les années écoulées. 

Poids plume va cueillir quelquefois ces paroles qui auraient trouvé elles-mêmes qu'il serait bien dérisoire de s'écrire... poids plume tend une oreille, prend un stylo, écrit sous la dictée quelquefois de personnes à qui l'âge a ravi ce savoir-faire, et parfois non. Poids plume donne une crayon, une feuille, des ciseaux, de la colle. Poids plume pose une empreinte de ces paroles, précieuses, évidentes, parfois, et tellement actuelles. 

 

Voici le Poids plume 2016 de l'EHPAD de Port-Neuf, à La Rochelle

 

Tout seul sur sa banquise

les bras à la retourne

il regarde

la glace

l'horizon

le vide

 

Moi

souventes fois

je le regarde aussi

Josiane Stephan

 

 

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Je suis entré dans la forêt des horloges* pour y entendre le bruit des oiseaux, des feuilles qui se froissent sous mes pieds.

Quelquefois, quelque chose tombe. Et puis le silence revient. 

Jean-Claude Rigot

 

 

Je suis entré dans la forêt des horloges*

et l'horloge tintait.

C'est bien l'heure de manger !

Jeanine

Il se trouvait dans la forêt et entendait au loin l'horloge du plus proche village.

L'enfant ayant peur de l'obscurité s'empara d'un briquet pour faire de la lumière...

René Triconal

 

Quel que soit le voyage

la beauté est au bout du chemin

Viviane Gentis

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 *Federico Garcia Lorca