Poids Plume, des livres poèmes de la main à la main

29 mars 2020

Un dragon

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Un dragon

c'est comme des phasmes

Ça fait du mimétisme

Ça disparaît

Ça réapparaît

 

Un dragon

Ça se balade.

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Les gens lui demandent :

Qu'est-ce que tu fais ici ? 

Ça répond :

BONJOUR !

Et les gens disent :

ICI, CE N'EST PAS CHEZ TOI !

 

Le dragon

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Il regarde la jeune fille

Il lui demande :

QU'EST-CE QUE VOUS FAITES LÀ ?

 

Elle répond :

MOI, JE FAIS COMME VOUS : JE VOUS REGARDE

 

[Au dragon, ce n'est pas tous les jours qu'on lui rend son regard]

 

Un dragon

c'est comme les phasmes

 

Ça fait du mimétisme

Ça disparaît

Ça réapparaît

 

[Ça dépend de la façon dont on le regarde]

 

Loïc Blaud, Pierre Leriche, Danièle Rouede, Angélique Gatineau, Nadège Lefevre, Yvette Cadaugade, Marie-José Leclerq, Alain Orgerit, Christine Chagneau, Jürgen Bodard, Jérémy Boucard, Frangélik

ESAT - MRS - Pôle autisme

Association Emmanuelle, Châtelaillon-Plage

Poids plume 2015

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26 mars 2020

Gaïa

1

Agonie

 

Délivre-moi ma terre

De toute cette matière

Qui me détruit

Sans blesser autrui

 

Souvenir

 

Délivre-moi ma terre

De ce passé qui me hante

Sans refaire 

Les erreurs hurlantes

Délivre-moi ma terre

De cette vie sans vie

Où le vice

Est roi

Où les lois

Font débattre

Ils veulent qu'on se batte

À quoi bon se détruire pour une bouchée de pain

 

Délivre-moi ma terre...

Quitte à aller visiter les enfers

Le diable sera sûrement plus agréable

Que cette vieille ingrate et aigrie de voisine

Délivre-moi...

 

Morgane GRANSAGNE

un (très) jeune adulte en mars 2017, année de parution de ce livre Poids plume

 

 

La terre
La terre est belle
ou plutôt était belle
Le soleil qui brillait dans le ciel
Les océans qui bougeaient avec le vent
Les arbres qui poussaient avec joie
Des oiseaux qui y faisaient leurs nids
Mais maintenant c’est fini
tout est fini.

Moments poème

Plus d’arbres à cause...
de la déforestation

Plus de beaux océans à cause...

des déchets qui prennent la place des poissons
Tu vois ce monde horrible ?
C’est à cause de nous.
Alors bienvenue.

Éléna

une (très) jeune ado en 2020, année de parution de

Je regarde dans la fenêtre écrire un poème,

anthologie de poèmes d'enfants, éditions Lunatique

 

 

 

Mais quand la terre se parle à elle-même

tout le monde veut des ailes

Antjie Krog, 

in Ode à l'écriture

Ni pillard, ni fuyard, éditions Le temps qu'il fait, 2004

 

 

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25 mars 2020

Double le poète

3

Jusque là tout va bien

Habitué à voyager incognito

Il trotte à la lumière des phares

Et voyage dans l'infini

des réseaux tendus

par une araignée sans poussières

 

Mais son double est un POÈTE

qui longe une falaise

Les idées en sautent

        une 

             à

                une

Pour tomber dans le vide

                              Maternel

Puis la falaise s'effrite                                                                    

2

 

Et lui ne la voit pas

Déjà de l'autre côté

sur la face visible de La lune

 

À cet instant                                                                                      

Le voilà qui court encore

Camouflé par des sacs de grands magasins

consommant et empilant

des objets fantomatiques

Pour la relève de l'INSIGNIFIANCE...

 

Et SOUDAIN une voix

Un appel venu d'en haut

Si c'est un DIEU

           pense-t-il

Alors c'est du SÉRIEUX !

D'ailleurs le CIEL

            s'éclaircit !

 

Hélas il s'agit juste

            du printemps

et le MÉGAPHONE

a TOUT

d'un être humain

Penché du haut de la corniche

d'un bâtiment fier

il pense à ses décombres...

 

Et le petit poète voudrait se cacher plus encore

comme un enfant attardé

qui n'aime pas être

mis À POIL !

Vite ! Les CRS ! Le tronc d'un platane

pour éviter les tirs en rafale !

Et la voix enregistrée en 1930 !

Qui répète : TU DOIS TE RÉVOLTER !

 

Mais il se bouche les oreilles

Non ! Pas moi ! Pas moi !

Pourquoi mon coeur devrait-il jouer les équilibristes ? 

 

Dommage car le général

             des poètes                                

1

continue à parler en l'air 

Ramasse tes billes GAMIN

Va-nu-pieds

Provoque une réaction chimique

Qui berce les REQUINS

En leur racontant des histoires

                     pour qu'ils s'endorment à la 

                           FIN

 

Parice Maltaverne

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Élever sa pensée jusqu'à la colère.

Ce à quoi elle s'emploie. 

 

Et ce souffle spirituel aucun alphabet ne parvient à le fixer.

 

(...)

 

Le problème crucial de la variation des styles. 

Dire par exemple "ils ont disparu" pour "on les a détruits"

 

Lilian Giraudon - Madame Himself, éditions POL

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24 mars 2020

Obligation de tourner les pages

Obligation

1 de couv

de tourner les pages

de ce livret pour ainsi :

                           Connaître

                           votre vie poétique

                           à venir

 

La ville manipule les faits et gestes ainsi que les pensées de chacun

2

                           

 

 

 

 

 

 

 

J'ai toujours voulu voler de mes propres ailes

 

Malgré le temps qui passe

elle reste et ne s'efface pas

sous le poids qu'elle subit

elle reste malgré tout

en vie

 

Loin de l'ouragan du Nord et des effluves revenant des pays de l'Est

mais pourtant salvatrice !

4

 

 

Hier, le passage 

piéton a guidé

une ville. 

 

Le stade transforme le soleil imposant

 

 

 

La ville est le sujet, la nature n'est plus que complément de lieu ou de temps. 

5

 

Nisrine Saghi

Angelina Averty

Collège Beauregard, La Rochelle, Poids plume 2015

 

 

 

 

 

nos millions d'adresses s'éloignent

des forêts, des pelages,

les Indiens ne parlent pas dans les micros

ils nous diraient que les coeurs

durcissent, à vivre dur, sur le béton,

à des vitesses électroniques,

cernés d'écrans, parois étanches

 

vous me voyez là effondrée, sans accès

aux brins d'herbe

 

vous savez bien

ce que l'on malmène

 

Albane Gellé

Souffler sur le vent, éditions La dragonne, 2015

À toi qui me lis

si tu me lis

je propose depuis ce matin une farandole poétique. Un atelier d'écriture quotidien auquel sont inscrits des participants et participantes.Tout se passe par mail. Si cela t'intéresse, tu peux m'envoyer un message à l'adresse suivante : frangelik-motsnomades@hotmail.fr. Je t'invite. 

Angélique

 

 

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23 mars 2020

Tentative d'épuisement de la nuit

Tentative d'épuisement de la nuit

- Thomas Vinau -

 

tentative d'épuisement

- La nuit les vaches

mâchent en dormant

 

- La nuit les toxines 
s'accumulent 
dans le gros intestin

 

- La nuit les cuticules

poussent aussi vite

que les rêves

 

- La nuit les étoiles
font des clins d'oeils 
de cyclope

 

- La nuit fait son nid

en plein jour

 

- La nuit

tout le monde se bat

mais contre qui ?

 

- La nuit chacun 
amène sa pierre
à l'édifice du matérialisme
dialectique

 

- La nuit le monde

refroidit

 

- La nuit est le coffre

des odeurs enfouies

 

- La nuit les fruits
changent de goût

 

- La nuit mégote

et bécote

 

- La nuit la lune

fait de l'auto-stop

 

- La nuit est l'arme 
blanche des larmes

 

- La nuit  on boxe

sans protège-dents

 

- La nuit tous les dieux

sont déjà pris

 

-  La nuit est le marché noir
de la fatigue

 

- La nuit s'éparpille

éperdument

 

- La nuit un bruit court

dans les ventres


- La nuit 

les bords 
bougent

 

- La nuit on s'arrime

à la dérive

 

- La nuit les larves

dansent

 

-La nuit le jour

rit jaune

 

-La nuit on recommence

mais quoi ?

 

- La nuit
on va trop loin

 

- La nuit

mange le temps

 

- La nuit les rêves

maigrissent

 

- Il existe des fleurs

qui ne s'ouvrent

que la nuit

 

- La nuit

on fait macérer

sa journée

 

- La nuit se cache

dans les plies

 

- La nuit dit non

mais personne ne l'écoute

 

- La nuit l'eau monte 
et le ciel descend

 

- La nuit étouffe

nos cris

 

- La nuit la peau

s'échappe

 

- La nuit fait grincer

les maisons les portes

les dents

 

- La nuit est l'enfance

de l'agonie

 

- La nuit chuchote

nos désirs

 

-La nuit raconte n'importe quoi

 

- La nuit s'attarde

sous nos paupières

 

- La nuit s'en va

comme un voleur

 

- La nuit se taille

avec les dents

 

- La nuit a toujours faim

 

- La nuit tourne

comme une toupie

 

-La nuit est nue

sous sa robe de pluie

 

- La nuit est ronde

comme une orange noire

 

-  La nuit les trêves

partent au combat

 

-  La nuit

nage

dans la nuit

 

-La nuit s'escalade

couché

 

-  La nuit

est une cabriole

planétaire

 

-  La nuit a la taille de l'univers

- La nuit brille

par son absence

 

- La nuit est le cimetière

des élégants

-  La nuit tous les papillons sont gris

 

- La nuit est une confiserie

 

- La nuit nous tombe dessus

jusqu'à ce qu'on tombe dedans

 

Poids plume 2015

 

 

 

 

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En cette première édition, aux poètes sollicités, nous avions permis l'envoi d'un texte inédit au format texte (et non au format Poids Plume). Et Loïc Bouyer a réalisé les maquettes, c'est-à-dire la mise au format Poids plume dont vous saurez tout en suivant ce petit tuto : Ptituto. C'est ainsi que le Poids plume de Thomas ici présenté a été mis en page : par les bons soins de Loïc.

Les poètes et écrivain.e.s édité.e.s ont plutôt l'habitude d'envoyer aux éditeurs des tapuscrits au format texte sur des feuillets A4. Poids plume leur demande un geste d'auto-édition auquel ils et elles ne sont pas habitué.e.s. C'est pourquoi nous leur avions permis, à titre dérogatoire (un mot très en vogue en ce mois de mars 2020), de nous adresser leur contribution sous un format plus habituel.

Néanmoins, dès 2015, certains d'entre eux ont chopé la poidsplumomanie et nous ont adressé leurs oeuvres maquettées au format Poids Plume,  (Cathy Garcia, Patrice Maltaverne, Victor Blanc...) comme tous les autres contributeurs de l'appel à textes. Et, au fil des ans, les poètes et écrivain.e.s se sont tous mis au format Poids plume, et nous adressent désormais leur oeuvre sous la forme d'un petit livre au format A7 qui suit les modalités du tuto ci-dessus. Parfois, le texte est manuscrit, le plus simplement du monde. D'autres fois, la création est graphique, joue avec le texte, le format et l'écriture...

L'appel à textes Poids plume court jusqu'au 31 décembre 2020, pour l'édition d'une prochaine collection de livres poèmes en mars 2021. On vous attend, on vous espère ! Les modalités de l'appel à texte sont ici : édition Poids plume

 

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22 mars 2020

Debout Debout

1

Baragouins et baragouines

Qui bredouillez dans les baraques !

Rabouins des bars-tabacs

Et rabouines

Rameutez vos regards brusques 

Et doux !

                                       Debout Debout

 

Debout les verges vierges

Et vivez d'aventures

 

 

3

 ....Nous étions assis sur les strapontins de l'Histoire !*

En cas d'affluence, mes amis, on se lève !

 

 C'est aussi bien 

La Seine et sa ville

La marque d'un forçat

Ses amours

Un visage encéphalogrammatique

Que les cigares du pharaon

Dramatiques

             SOYEZ MA PEAU

             SOYEZ MON PEUPLE

                                 Au corps épouvantable

 

Un éclair au clair de lune dégringole

Terminologie démoniaque et un masque de François Lenglet pour effrayer les enfants*

4

 

Vous qui passez parmi les zincs

Avec vos tocsins de tungstène

             DEBOUT À BOUT

Des pensées calleuses

Des grumeaux de mots

Vous perlent de la bouche !

            Garçons-cafés Godiches

            GOBE-MOUCHES Gratte-papiers

            Secrétaires Ouvriers Ouvrières

               LES EXPERTS VOUS MÉPRISENT

 

Et moi aussi je suis trader !

 

Quand je vous vois

Dans le bivouac odorant de vos rêves

Je songe à devenir caduc

Moi - que la mort obsède et boit !

Vous - pâture à mon insatiable nostalgie !

 

Toute amour cessante

Je vous donne un gros ciel bleu

Pour obole

 

Nos vies seront d'un long turfu

Charmant comme un soir de Saturne

Sans atchoumer de par les urnes

Incomparable à ce qui fut

       Si le macadam vous incommode

       Si vous n'avez d'espoir à fumer

       Que tafs maigrelettes

                        Qu'attendez-vous ? 

   Est-ce à vous dire Demain

   Comme une locure oculaire ? NON.

Et je veux vivre à m'en décrocher la mâchoire

5

     

           Joncheurs écornifleurs et caïmans

Si nous nous en allions bazir les bourgeois ?

  Ne cédez pas au CDD !

Connaissez le cours du Yen

Du dollar et des hyènes

Et renversez-les

Connaissez le cours de la rivière

 

                   BESOS PEREGRINOS

 

                                                                                            Victor Blanc

 

 

Victor Blanc est un jeune poète. Son quatrième ouvrage (si l'on compte ce Poids Plume comme le troisième) Filigrane, vient de paraître au Temps des cerises, il y a 4 jours, le 19 mars dernier.

(Perso, dès que je pourrai recourir à l'un de mes libraires...)

Ses précédentes parutions : 

Réalité Augmentée, aux éditions de L'île bleue, 2012

Paradis Argousins, Le temps des cerises, 2014, que j'ai chroniqués ici  

 

*J'ai pris le parti de transcrire ici les calligrammes, le format du blog ne rendant pas aisée la lecture des photos...que le powète veuille bien m'en être indulgent.

(on ne pouvait pas ne pas pouvoir lire que le masque de François Langlet effrayait les enfants, ni que, "assis sur les strapontins de l'Histoire, en cas d'afluence, mes amis, on se lève !")

 

Nous savons de source sûre que cette maquette a donné du fil à retordre à son auteur, qui livra en 2015 dans les temps un pdf impeccable. Un livre Poids plume dans le plus pur respect du format, avec une petite transgression à signaler cependant dans la pagination, mais la numérotation manuscrite des pages permet une lecture ordonnée. 1er Poids plume reçu au format à l'italienne. 

 

 

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21 mars 2020

Faites terre !

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FAITES TERRE !

 

Faites taire le silence

le vacarme des non-dits

Ces assourdissants sous-entendus

les "faisons comme si

n'en parlons plus"...

 

Faites taire les hurlements alibis

la CACOPHONIQUE hypocrisie

 

Faites cesser 

le tapage au grand jour

MENSONGERIES

par omission

COMPROMISSIONS

polyphoniques

 

Faites place

 

Faites TERRE

 

Cathy Garcia

extrait de Pandemonium II

Poids plume 2015

 

Il tombait du mensonge

dans le calendrier

Mais les arbres avouaient

des averses de feuilles

Pef, Toujours un mot dans ma poche,

éditions Bruno Doucey

 

Cathy Garcia est poète, fondatrice de la revue de poésie vive Nouveaux Délits (3 numéros annuels, depuis 2003), plasticienne et critique littéraire. 

Elle est de celles qui ont répondu présentes en moins d'un mois à l'appel à textes Poids plume, le tout premier, lancé le 21 janvier 2015 pour une parution et une diffusion de 5 000 livres poèmes le 7 mars, avec ce texte qui n'a pas pris une ride et qui s'habille d'une toute nouvelle lecture aujourd'hui.

 

 

 

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30 décembre 2019

Mixture

Une anthologie minuscule. 8 pages et 6 poèmes d'enfants. 

Une salade, une mixture, un enchevêtrement

Un apprentissage, une lecture, des mots

Des mômes, un prof* qui propose et qui offre,

la magie des significations qu'on juxtapose pour fabriquer des paysages tout neufs où le regard invente une grammaire inconnue

des couleurs, un isbn, un livre, un Poids Plume

 

Mixture

 

Je perçois une lumière qui rôde

mixture

Elle crie sur les larmes pâles

Je voudrais l'attraper

Pour qu'elle me révèle son secret

Beau comme la terre

Beau comme mes rêves ensorcelés

Beau comme une plume au soleil

Beau comme un oiseau du ciel

 

Dylan

 

La galaxie,

grande, 

immense,

immense,

non, majestueuse

La galaxie, secrète

et mystérieuse

La galaxie

dans mon lit

 

Louison

 

Les nuages dans le ciel

La fraicheur du vent

Dans mes yeux

Les chevreuils s'enfuient

 

Méline

 

Vert un champ sous l'orage

Vert la plaine, ton regard

Vert la sève de l'arbre

Vert le goût des choses

 

Louison

 

Je suis

Le rêve de la pluie

La pluie qui vole

Dans le vent

Je fais le silence

 

Léonie

 

Je goûte ma vie qui

s'éloigne

Elle danse 

Sur les vagues grises

Je voudrais la retenir

Pour atteindre mes rêves

 

Maëlle

 

Classe de CM1

École Antoine de Saint Exupéry

Villefagnan (Charente)

Poids Plume 2019

 

 

Devant le mot

la chose

restée de marbre

 

La chose

et piteux

le mot en retrait

 

Face au mot

la chose

à l'état pur

 

Le mot

comme

un défi

 

Georges Bonnet

Juste avant la nuit, éd le temps qu'il fait

 

*Le prof, c'est Marc Dupont, l'auteur du poème publié hier

 

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29 décembre 2019

Gros temps

Marc Dupont

 

Le temps est venu des grandes marées,

Aux multiples rumeurs, aux multiples parfums

Le temps est venu des rêves défunts,

Des amours que l'on volait

Le plage est sale, la plage est noire

Le sable a le goût de l'asphalte

 

Sur la route des voiliers sans espoir

Les voiles claquent et s'ébattent

Les flots jaillissent au firmament

Bercent les mouettes de tempêtes

Envahissent le ciel de regards d'enfants

De regards aveugles et bêtes

 

Le temps est venu des grandes marées

Le temps est venu des rêves défunts

Et déjà on veut tout oublier

Et tout jeter dans les embruns

 

Mais sur la route des voiliers sans espoir

Le sable a le goût de l'asphalte

Et les flots qui jaillissent dans le soir

Font s'envoler l'oiseau des tempêtes

 

Mon regard d'enfant se perd au firmament

Voit les vagues qui rêvent aux nuages

Les nuages qui soudain se font vagues

L'écume qui vole aux yeux des mouettes

 

Le temps est venu de la tempête

Et jette à mon coeur qui divague

La colère de ses flots, la rage

Sombre de ses regards d'enfants

 

Marc Dupont 

Poids Plume 2019

Marc Dupont est aussi le maître d'école des élèves de Villefagnan dont les textes vont suivre bientôt. 

 

 

Algues

 

la relance ici se fait

par le vent qui d'Afrique vient

par la poussière d'alizé

par la vertu de l'écume

et la force de la terre

 

nu

l'essentiel est de sentir nu

de penser nu

                la poussière d'alizé

                la vertu de l'écume

                et la force de la terre

la relance ici se fait par l'influx

plus encore que par l'afflux

               la relance

                        se fait

                                algue laminaire

 

Aimé Césaire, 

Moi, laminaire, 1982 - Points poésie, 2006

 

 

 

 

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20 décembre 2019

À l'ITEP*

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*Pour ceux qui ne parlent pas le langage des sigles, ceux qui ne sont pas encore complètement siglés : Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique. On y accueille ensemble les enfants qu'on ne supporte pas, même séparément, ailleurs...

 

Je travaille avec des enfants

Des enfants un peu différents

Qui ont m'a-t-on dit que ça s'appelle,

Des troubles du comportement

 

À l'ITEP c'est pas top :

Ils tapent

Pas patients

Ils insultents, ils crient souvent

Pas contents

Pas contemplatifs

Explosifs

Combattants

 

Battues en brèche mes théories

Météorites exubérants

Petits loups mordus par la vie

Et qui montrent souvent les dents

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On m'a dit : "il faut les cadrer, ces enfants ont besoin de cadre"

J'sais pas bien faire avec les cadres

Mais je sais faire avec les enfants

 

Oubliant ce qu'on m'avait dit

j'ai essayé d'être autrement

De repartir de l'essentiel, l'eau, la terre, le feu, le vent, les bêtes, les plantes, et puis les mots :

Se cacher, faire des cabanes,

Crapahuter dans les ruisseaux,

allumer un feu,

se perdre en balade,

Inventer des chants,

des histoires

Et faire voler des cerfs-volants

 

 

Un arbre pousse dans la cour de l'école

On a tracé sur le bitume

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L'ombre de l'arbre avec des craies

Des craies de toutes les couleurs

Et l'ombre est sortie du tracé

avant qu'on ait pu dessiner les feuilles

Maintenant il y a dans la cour

Un beau cadran scolaire

 

 

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Dans le cadre de mon métier

De mon métier à tisser

Des liens se nouent

Très patiemment

 

Ann Cairn

74, rue Bellevue

14000 Caen

Poids plume 2015

 

 

Poids plume 2015...

En janvier, Mots Nomades a lancé le premier appel à textes Poids Plume. Vers le 21 de janvier, un truc comme ça. Avec le défi d'avoir des livres édités et prêts à circuler pour l'ouverture du Printemps des Poètes, le 7 mars. On n'avait jamais édité. On n'avait aucune idée de ce à quoi on s'engageait. On savait juste qu'il fallait le faire, comme on pousse un cri.

Ça tombe bien, c'était le thème de l'année, pousser des cris.

Voyez plutôt.

rubon866-c3497On voulait que tout le monde se sente invité dans Poids Plume. Les mômes, les adultes, les ceux qui savent écrire, les ceux qui croient qu'ils ne savent pas, les ceux qui ne savent plus. Et on a reçu en un tout petit mois près de 100 livres poème.

Beaux.

Authentiques.

De la poésie, des bouteilles à la mer, des oeuvres plastiques, des cris (peut-être même des SOS comme disait l'autre jeune, là, qu'a pas eu l'occasion de nous accompagner trop longtemps de sa voix suraiguë.)

{Bon, pas seulement...il y a quand même eu une ou deux maîtresses qui se sont évertuées à trafiquer en toute légalité une poésie en cage pour nous livrer des verbes coupés, tous les mêmes, à la chaîne de petites écritures appliquées et dociles, en essayant de nous faire croire que c'était de la pure. On n'a pas pu tout publier. Un jour, peut-être, on songera à écrire un manifeste Poids Plume pour les maîtres et les maîtresses. Le problème de ceux qui voudraient bien d'un tel livre c'est qu'en réalité, ils n'en ont pas besoin. Et que celles et ceux à qui ce livre pourrait s'adresser ignorent complètement qu'ils en ont besoin. C'est toujours la même difficulté avec ceux qui doutent et ceux qui savent ou croient savoir. 

L'autre problème, c'est qu'on n'a pas vraiment envie ni légitimité à se poser en donneurs de conseils. Peut-être, on pourrait seulement indiquer ce que, selon nous, la poésie à l'école n'est pas. Mais écrire ce que c'est, la poésie à l'école...ça...seuls les mômes le savent ou le pressentent, ainsi que les enseignant.e.s qui savent lire et entendre leurs élèves. Un manifeste n'y changerait pas grand chose.

Et puis beaucoup de gens très bien ont déjà écrit des tonnes de choses sur le sujet. Peut-être, parlons de Jean-Pierre Siméon avec "La poésie sauvera le monde", ça c'est pour tout le monde, et puis, du même auteur, pour les maîtres et les maîtresses d'école, voire les enseignants du collège, les parents, "La vitamine P".}

Bref.

En redécouvrant ce texte d'Ann Cairn, je me suis dit qu'il serait sans doute un des premiers livres à poser sur le perron, devant la porte d'un tel manifeste. On m'a dit : "il faut les cadrer, ces enfants ont besoin de cadre". J'sais pas bien faire avec les cadres, mais je sais faire avec les enfants.

Les cadres, et la poésie. La poésie, et la liberté.

Re-bref.

En 2020, Poids Plume réouvre toutes ses archives. Et vous écrit une petite anthologie Poids Plume.

Pas un manifeste. Parce que Poids Plume est le manifeste à lui tout seul. Un bouquet de paroles, un bouquet de livres, une floraison annuelle de créativité, la vôtre. Le petit format par lequel tout auteur, si publié soit-il dans la vraie vie de l'édition, redevient un môme devant une feuille A4 avec devoir de la plier dans le bon sens pour réaliser, Ô, magie, un petit livre qui tient tout seul sans agrafe ni couture ni colle. Et d'écrire dedans. Ils peuvent vous en parler, les auteurs. Même Jean-Pierre Siméon, il l'a écrit, son manuscrit, dans un Poids Plume. Trois fois, même. En multirécidiviste.

Anthologie Poids Plume à paraître, donc, au printemps prochain. Que vous pourrez acheter, cette fois. Au bénéfice de Poids Plume. À la fois pour célébrer les 5 éditions écoulées, et puis pour faire durer l'initiative qui a vraiment, vraiment besoin de fraîche. Éditer et faire circuler 10 000 livres poème par an, si petits soient-ils, ça a un coût. Ça ne se peut pas sans re-remplir la cagnotte à un moment donné. Mots Nomades a déjà fait cadeau de toute la thune qu'elle peut à Poids Plume. Elle ne peut pas donner ce qu'elle n'a pas. Besoin de vous, donc. 

Bientôt, une collecte sur Hello asso, pour pourvoir aux frais de l'édition de l'anthologie. Bientôt aussi, une campagne de préachat, et puis d'achat à parution du livre. Et puis chez les passeurs de poèmes, vous trouverez des livres poème des 5 années écoulées, en une brassée colorée plurielle et gratuite, toujours.

L'anthologie, si on s'y met maintenant, et qu'elle doit paraître le 7 mars, ça nous laisse quelque chose comme deux mois pour la faire.

Défi Poids Plume 2020 pour Mots Nomades. (Ça tombe bien, il paraît que le thème de l'année, c'est le courage.)

On va devoir compter sur vous. Encore.

Posté par Angelique_ à 07:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]