Poids Plume, des livres poèmes de la main à la main

13 mai 2021

Cahier de poésie

20210513_152055La nature

 

La grande école

la petite classe

les crayons dans les trousses

les chaises qui fatiguent

les bureaux pleins d'affaires

la cour de récréation

retour en classe

le travail recommence

 

 

 

     un regard par la fenêtre,

          un

              écureuil

 

20210513_152312

la belle pluie

l'herbe verte

les grandes plantes

les petits bourgeons

les fruits qui poussent

les petits oiseaux

 

s'en vont

 

 

 

Enzo Loosen,

10 ans

 

 

 

 

 

Ça tourne !

Les élèves se taisent

les mouches aussi

Personne ne bouge personne ne parle

et ils regardent au loin

et imaginent un poème

un poème inventé

Robin, Je regarde dans la fenêtre écrire un poème, anthologie de textes d'enfants de 6 à 12 ans,

éditions Lunatique 2020

Moments poème_web

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12 mai 2021

Le bonhomme de neige

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Dans un camion frigorifique

l'homme pense qu'il a vaincu le dictateur

les garde-frontières

l'âne qui a refusé de gravir la montagne

les bandits

les bateaux troués

Il pense que, grâce à une armée d'anges

il les a tous vaincus.

 

Il réfléchit à son nouveau drapeau

il le préfère sans couleur

il l'accrocherait à la fenêtre de sa nouvelle maison

ou peut-être sur une tente

ou même sur un arbre

 

Il s'interroge sur la carnation de la liberté

il n'aime pas qu'elle soit nue

ou blanche

car le blanc se salit vite

Il l'imagine argentée

comme sa faim

comme sa soif

comme sa lune qui guide sa longue aliénation

 

Et pendant qu'il pense

il se transforme en statue de neige

à côté du sapin

Un enfant enfonce une carotte dans son visage

Pour terminer le décor,

un autre lui place une écharpe et un  balai

 

Devant la statue, un poète s'arrête

un poète s'arrête longuement

il ne sait pourquoi il voulait

mettre une fleur dans sa bouche

 

Il n'a qu'une cigarette

qu'il allume

et l'idée scintille dans la tête du réfugié

qui attend le premier rayon du soleil

pour qu'un arbre tropical se dresse au Nord

 

 

Zahra Yosry

Poids plume 2021

 

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Exil

Le froid séchait nos larmes

Nous allions avec la défaite, marchant

Commes des arbres coupés au ras de la souche

Comme des bourgeons de miettes

De branches verdâtres

Bois cherchant la fontaine

 

Teresa Rebull, Passagers d'exil, éditions Bruno Doucey, 2017

 

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11 mai 2021

Forêt

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La forêt de pins

odorante et mouillée

dans le gris vert de l'ombre

armée drue et profonde

aux troncs noirs barreaudés

délimite un espace

gardienne dérisoire

puisque de tous côtés

le vent passe.

 

Mais elle s'en fiche bien

puisque du haut du ciel

elle parle à l'océan

aux vagues et aux embruns

 

Comme elle j'ai mes brindilles

un gris de vert aux yeux

comme elle solide et frêle

de marée en marée

je tends mes paumes au ciel

dans l'espoir d'un après

Comme elle écorchée vive

racines à fleur de sable

je vois passer le temps

tomber mes branches mortes

Comme elle à l'unisson

mais un pas de côté

je pousse chaque jour

 

toujours penchée.

 

 

Françoise G

Poids plume 2021

 

20210511_175031

 

 

 

Pour la petite histoire des textes.

Ces deux-là s'étaient donné rendez-vous dans Les Landes, un jour où déplacer les montagnes n'effrayait aucun·e des protagonistes.

Pour la petite histoire des textes, commençons par le début :

L'une de nos activistes Poids plume, Séverine, en pinçait pour la plume d'une chanteuse et d'un chanteur. Armée de son courage invisible de militante de la poésie contemporaine et populaire au format pauvre du livre dans son plus simple appareil, c'est à mains nues qu'elle vint chercher les coordonnées où joindre ces deux-là, afin de leur expliquer Poids plume et de les inviter à contribuer à l'appel à textes 2021 avant le 15 janvier : la première, dame des arbres s'il en est, Anne Sylvestre, tira sa révérence juste avant de recevoir le courrier d'invitation, chassé croisé d'intentions : Poids plume dans la poche du facteur, et la faucheuse à l'autre bout d'un fil. La rencontre n'eut pas lieu. Que voulez-vous, quand on n'a pas le choix, on s'incline. On se dit qu'on est triste. Qu'on aurait bien aimé, tellement bien aimé un poème Poids plume saveur Arbre confiseur. Qui nous aurait dit en creux que la dame était toujours des nôtres, encore un petit peu, elle qui veillait sur nos âmes depuis si longtemps, à grands petits mots humains qui nous avaient vu pousser, personne familère, sans âge et sans limite...

Le second, Wilfried Hildebrandt, accusa réception et fit part de ses questions. "Oui mais comment, et les pages, et la mise en forme ?" et toutes ces choses qu'un primo-poids-plumiste découvre avec un rien de circonflexe dans le sourcil, si aguerri soit-il à la chose écrite. Séverine répondit avec application à toutes les interrogations. Le chrono pouvait dès lors commencer sa course.

Mais, pour d'accord que fût le chanteur sur le principe, la date limite de participation approchait, et rien ne venait. Le 15 janvier allait inexorablement abattre d'un grand coup de hache les envies de papier des dernier·e·s à écrire et clôturer sans espoir de passe-droit l'appel à textes 2021.

C'était sans compter sur la dame, une autre dame, sylvestre aussi pour l'occasion même si enracinée à fleur de sable, une qui devant rien ne recule, une qui tutoie les montagnes et fait danser à bras le corps l'immobile (c'est le propre des arbres), une à la plume haute comme une voix et aux choix engagés, une qui occupe avec ferveur l'espace public comme le dernier territoire de l'art pour toutes et tous, espace qu'il faut à tout prix défendre, protéger, revendiquer, espace pour lequel on se couche tard et se lève tôt, celui qu'on chante et réenchante la nuit pour qu'au matin les rues soient méconnaissables et nous appartiennent encore, espace où elle prend place, par défaut, avec toute sa carrure, pour que personne ne nous y prenne la nôtre.

Cette dame-là avait donné rendez-vous à Wilfried dans une forêt de pins. Elle y mettait en scène avec une troupe de comédien·ne·s le spectacle qu'elle était alors en train d'écrire, pour l'espace public. Wilfried en composait la musique.

Le quinze janvier, donc,arrivait à toutes blindes avec sa petite gueule de couperet réglementaire comme seules savent en arborer les dates limite. Elle ne fléchit pas devant l'agenda (elle penche, peut-être, mais ne fléchit jamais). Tuto sur téléphone portable pour tout terminal, elle encouragea Wilfied à écrire son premier Poids plume, marrainage insolite, découper, plier, recopier le texte nu. Oui, M'sieur Dame, Ils n'ont pas eu le temps de faire dans la dentelle, là-bas, entre les pins des Landes, avec leur autre création pour l'espace public qui était sur le feu. Le texte nu, manuscrit, donc, du bois brut en somme. Elle encouragea comme on s'encourage quand on est deux auteurs à cohabiter dans une même forêt. Elle écrivit son Poids plume, émulation et barre parallèle, escalier et rampe, encore une histoire de montagne, de gravité ou de marches à gravir, va savoir, en tandem, c'est toujours plus fun même si chacun son pédalier. Elle écrivit un texte sans avoir l'air d'y toucher, et comme à son corps défendant, pour accompagner Will dans la danse Poids plume, un point, c'est tout.

Poids plume, vous comprenez, c'est un peu son aventure aussi, à la dame : elle y participe, autrice ou simple témoin, familière de notre édition depuis 2016. Amie. Y accompagner Will, c'était en quelque sorte sa participation active à Poids plume 2021. Y être elle-même autrice était, pour elle, cette année, comme qui dirait...accessoire. Un effet collatéral.

Pour la petite histoire des textes, le 15 janvier nous parvinrent donc par mail deux photos de livres Poids plume dépliés au format A4 dupliqués grâce à la fonction "scan" des téléphones intelligents, depuis une résidence de création qui avait lieu quelque part dans la forêt des Landes. Pile dans les temps.

Chacun de ces deux poèmes passa avec succès l'épreuve de notre peigne fin et se retrouva dans la Collec'21. Je vis sous les arbres, de Wilfried, publié hier sur ce blog. Et celui de Françoise, poème du jour. Texte filleul et texte marrain. Compagnonnage insolite.

Je vous présente Forêt, donc. Livre Poids plume 2021 de Françoise Guillaumond.

Parce que la dame, c'est elle.

Et la création sur le feu, c'est Ma montagne.

 

Si vous passez par La Rochelle, jeudi 13 mai, à 13 heures, Ma montagne joue en crash test à l'occasion de l'Agora de La Coursive occupée.

C'est un test. Presque une première. L'éclosion d'un spectacle tout neuf créé pour l'espace public en catimini et sans public. Contexte oblige. Un spectacle paradoxal, une déambulation prévue pour une foule dense et serrée comme savent en fabriquer les êtres humains quand, dans une émotion commune, parfois ils font corps. Comme la forêt. Entremêlent leurs branches, font vibrer toutes leurs feuilles au vent des paroles.

Spectacle paradoxal créé pour l'espace public, parfois sans espace public et toujours sans public. Pas de public, pas de spectacle. Pas de bras, pas de chocolat. Une histoire d'empêchement. Un de plus.

Et si on se mettait à questionner la légitimité de nos empêchements, là, tout de suite ? C'est un peu cela qu'elles font, les personnes qui occupent les salles de spectacles, en ces temps. Questionner les empêchements. Et camper là pour la sauvegarde de nos droits. De nos espaces, en trois D ou symboliques. Et pour la sauvegarde de la chose publique. Res publica. Les choses comme l'art, l'espace ou le service : publics.

Et si, comme les arbres de la forêt, ils et elles étaient devenus les gardien·nne·s de l'espace qu'il nous reste ?

20210327_143009performance dansée du 27 mars 2021 - militants et activistes du collectif Occupons la Coursive

 

 

Comme une forêt,

 

armée drue et profonde

aux troncs noirs barreaudés

délimite un espace

gardienne dérisoire

puisque de tous côtés

le vent passe.

 

 

Ma montagne

Jeudi 13 mai, 13h, Cour des dames - Saint-Jean du Pérot, La Rochelle.

Spectacle de la compagnie La Baleine cargo, écrit et mis en scène par Françoise Guillaumond, musique de Wilfried Hildebrandt.

Avec

Comédien.nes – Nicolas Beauvilain, Damien Mignot- Roda, Sylvie Péteilh, Philippe Sivy

Carine Kermin – Chorégraphe

Thierry Grasset – Constructeur plasticien

Benoît Courtel (sondier) et Michaël Gouin (développeur informatique) – Sonorisation et
mécanisation des fauteuils roulants

Hervé Aubin – Régie

Maylis Arrabit - regard sur les corps

 

 

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10 mai 2021

Je vis sous les arbres

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Moi je vis sous les arbres

Je grandis un peu mieux

là sous les frondaisons

 

De leurs doigts de liaison

De leurs bras candélabres

Il me semble pouvoir étirer l'horizon

 

Oui je vis sous les arbres

Des paratonnerres aux orages de ma raison

 

Mon abri, ma maison

Et mon palais de marbre

 

C'est ma folie naissante

et c'est ma guérison

 

Si je vis sous les branches

C'est que je suis géant à nulle autre ambition

Qu'être un petit qui penche

Brindille en toute saison

Qui pousse et qui grandit à combler ses dimanches

 

Je veux griffer le bleu

Décoiffer le ciel juste du bout de leur cimes

 

Et si jamais il pleut

C'est rien que pour la frime

 

Pour pleurer les racines

et arroser mes yeux

 

Moi j'habite les arbres

Et je les habite tout autant qu'ils le font

 

Quand je pousse dans le sable

Ils marchent à ma façon

 

Et la forêt est une chaîne impeccable

Alors je suis sans doute un chaînon

 

 

Wilfried Hildebrandt

Poids plume 2021

 

La nuit les arbres

sont une couvée d'oiseaux

lancée de la terre au ciel

ils jabotent de leurs feuilles

qu'ils allument aux étoiles

remplissent de poussières d'ailleurs

se balancent dans l'espace

et nous chantent la mer

 

Albertine Benedetto, Sous le signe des oiseaux, L'ail des ours N°8, 2021

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09 mai 2021

Confidence

Je cherche quelque chose

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Plus que jamais

Faire silence

face à

l'univers chahuté

 

 

 

Rêver d'air...

                  Et si on changeait tout ?

                                         Et si on inventait autrement ?

      Et si on s'évadait

                     et si...

 

 

 

Ne dis rien

laisse un blanc s'installer

Intimité nouvelle

Soif de cela

Éternel essentiel

 

 

What else ?

 

Sylvie Le Mercier

Poids plume 2021

 

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Faites place

Faites TERRE !

Cathy Garcia

Pandemonium II, Poids plume 2015

 

 

 

Il y a des oeuvres Poids plume, quelquefois, les publier, c'est les diminuer. Comme un clonage ferait perdre à l'individu sa singularité.

Confidence est de celles-là.

Comment restituer le relief, l'étoffe, la couture, la précision, l'ombre et la lumière, la dentelle ?

Parfois, même, il arrive que le livre, objet d'art, ne soit pas duplicable. C'est le cas d'Histoire(s) et fil(s), de Catherine Matte, dont vous avez un petit bout d'image ici.

 

Ah ! L'incroyable humilité de parfois les autrices...

 

 

 

 

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06 mai 2021

Détricotage amoureux

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Trois mois.

Le même bar.

La même robe.

 

- de fête -

 

Il faut croire que j'avais scellé nos retrouvailles par avance.

Je les avais prédites mortes, ruinées comme un champ incendié.

Plus rien à y faire, juste voir la désolation dans les regards.

 

Je suis l'oiseau bruyant que tu as fait sortir de sa cage. Je n'ai pas regardé autour de mon coeur.

 

Je me sentais battre !

 

Et tu m'as laissée échec et mat dans une gorgée de bière amère. Le coup de poing au ventre.

 

J'ai dit non dans ta phrase suspendue. NON

 

C'est ce mot que tu as sans doute cherché longtemps.

 

Que j'ai murmuré aussi dans les tempêtes de mes nuits d'été.

 

Te laisser du temps pour revenir.

 

T'amadouer comme une proie sauvage.

 

J'aurais dû m'échapper plus tôt.

 

Ça laisse le coeur vide ces jours avec toi, sans toi.

 

Tu n'es pas le visage de mon aimé.

 

Il faut partir maintenant.

 

Camille Le Falhun

Poids plume 2021

 

l'amour et la vie sont sur un bateau

l'amour tombe à l'eau

qui est-ce qui reste ?

Natyot, L'amour Bouquet final, La Boucherie littéraire, 2019

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05 mai 2021

J'irai

blog1

J'irai

 

Même si

la nuit tombée

J'irai danser

 

Même si

la boîte me déplaît

J'irai danser

 

Même si

je suis mal coiffée

J'irai danser

 

Même si

je ne suis pas invitée

J'irai danser

me dandiner

me trémousser

me tortiller

 

J'irai danser !

 

Jade Guérin-Levray - 10 ans

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Déclaration d'intention.

Oui.

Elle ira

nous irons

danser.

(Du verber irer danser [Ire est dansée] au présent de l'indicatif. Du verbe indiquer. Mieux que le verbe communiquer. Ou nudger.)

 

D'ailleurs, sur le pont du Nord, un bal y est donné.

Adèle demande à sa mère d'y aller.

Non non ma fille, tu n'iras pas danser.

blog2

 

 

 

Dans notre histoire, là, c'est pas seulement la mère, qui dit non.

Oui, mais c'est pas Adèle non plus. Elle ne monte pas dans sa chambre pour se mettre à pleurer. Non. Elle n'attend pas que son frère vienne la délivrer avec son bateau doré. Non.

Elle, c'est Jade. Elle siège au conseil municipal des jeunes de sa commune, d'ailleurs, Jade, du haut de ses 10 ans. Wesh. Véridique.

Et devant, derrière, partout, des farandoles de gens qui veulent continuer à danser, encore.

Comme les saltimbanks.

 

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15 avril 2021

Lady'Trice passe le poème

Les passeurs de poèmes sont souvent des passeuses.

Elle,

elle Poids plume dans l'ombre depuis le tout début.

(Y a pas que ça qu'elle fait dans l'ombre d'ailleurs : digression de contexte :

Elle orpaille.

La rivière charrie des textes. Par mètres cubes.

Et elle, elle examine chaque goutte d'eau. À la loupe. Dans le sable de la batée, des fois, des pépites. Les siennes. Elle publie. Elle promeut.

Des textes vivants comme la langue. Des auteurs et des autrices qui ébouriffent parfois. Qui surprennent. Des langues, parfois nouvelles.

Elle énonce, un poil provoc, un poil lunaire :

"Les petites musiques qui émaneront des éditions Lunatique ne s'accorderont jamais au son des études de marché. Cynisme, verve, dérision et gravité."

logo lunatique

Ça, comme ligne éditoriale, mon vieux, c'est pas forcément vendeur.

Eh bien elle vend quand même. Ce qui est une indication précieuse sur la santé mentale du consommateur de livres, finalement. Et sur celle de la petite édition. Enfin, celle dont je vous parle, tout au moins : Lunatique. 

Le paysage littéraire en recèle plein d'autres, des éditions dites "petites", dignes d'une affection et d'un soutien sans faille, armées de fantassins pourfendant à mains nues les lois du marketing pour protéger l'écosystème de la langue, notre fabrique à idées et notre Internet le plus archaïque, que les gardiens du temple s'acharnent à éroder comme la marée inexorable ronge la falaise en attendant qu'elle s'écroule. Eux, illes étayent, les éditeurs. Elle est de ceux. Elle est de celles. Qui ne renoncent jamais et qui feront qu'à la fin, ça va pas s'écrouler. Parce que, quand il sera mort, le Ternet, il nous restera la langue. Si).

Elle énonce, elle dénonce. Elle héberge des livres que d'autres boudent. Et quand elle héberge, elle ne fait pas semblant. Elle prend l'auteur, l'autrice avec. Elle boude des livres que d'autres prennent. Elle est comme ça, Lady'trice. Un peu poème, un peu bohème, un peu punk, beaucoup têtue. Bosseuse, de nuit, de jour. Acharnée. Elle publie plus vite que je ne peux lire. J'ai trois wagons de retard sur son catalogue. 

En vrac, à son auberge littéraire, voici quelques uns des livres que j'ai dévorés et qui m'ont marquée comme vous marque un livre qui a un avant et un après dans votre vie : (liste non exhaustive, sorry d'avance, et en plus j'ai pas tout lu)

 

Mailles à l'envers, Marlène Tissot

Le manifeste du zaporogue, Sebastien Doubinsky

La ritournelle, Perrine Le Querrec

Le collège de Buchy, Jérémie Lefebvre

La toute petite fille monstre, A.S Nebojsa

Les bandits, Antonin Crenn et Jérôme Poloczek

(j'ai pas tout dit, je peux pas, mais va y faire un tour, y a forcément livre à ta pointure.

éditions Lunatique

Les petites musiques qui émaneront des editions Lunatique ne s accorderont jamais au son des études de marché. Cynisme, verve, dérision et gravité.

https://www.editions-lunatique.com


éditions Lunatique - fin de la digression))

 

Donc, en plus de "faire Lunatique" et de vendre des livres désaccordés des études de marché, elle vend des livres gratuits (si, si).

Ça, c'est son engagement Poids plume.

Elle fait ça depuis 2016.

Avant, dans le monde d'avant, comme on se complaît à dire, elle emportait sa boîte de livres Poids plume sur tous les salons du livre où Lunatique portait sa littérature (et ça faisait du monde). Et elle offrait. Discrètement amusée par la réticence de celles et ceux que la gratuité rebutent et qui redoutent un piège commercial au tournant. Ah, c'est pas toujours facile, le métier de marchande de livres gratuits !

En 2018, elle offrit les colonnes du Cafard Hérétique à notre bébé édition, le numéro peut encore s'acheter, c'est ici, et c'est sans date de péremption :


Cafard hérétique N°11.

Mais depuis le monde de maintenant, comme elle ne fait pas partie des nostalgiques plaintifs, elle a trouvé de nouvelles façons de passer le poème Poids plume.

D'abord, elle a créé et mis en ligne la vidéo ci-dessus, à réception de la Collec'

Ensuite, elle a remédié à l'absence de salons et de rencontres physiques en investissant à fond le courrier postal.

Ainsi, en 2021, Poids plume trouve lecteurzectrices parmi les habitué.es de Lunatique, les journalistes parfois, les chroniqueurs de livres...

Poids plume, comme vous savez, c'est tout petit. Si vous ne pouvez pas le passer de la main à la main, alors vous pouvez le glisser dans une enveloppe, car c'est beaucoup moins que 20 grammes, un Poids plume. Ça ne peut pas plomber votre envoi postal.

Sous le manteau, vous pouvez le passer aussi. C'est une autre technique, mais ça se peut. (je sais de source sûre qu'au moins une passeuse le transmet en manif et tente même d'offrir des lectures à voix haute aux CRS...rien n'arrête l'imaginaire d'une passeuse Poids plume, au Pays qui se tient sage. Mais ceci est une autre histoire).

Bref, Lady'Trice trouve sa façon d'être passeuse de poèmes. Et parfois, il y a un retour comme ça :

Chronique de lecture sur le blog de L'espadon

Vendredi poésie #3 : Thierry Radière, Christophe Esnault, Lise Ladreyt et Guy Reydellet

Acte III de nos "Vendredi poésie" avec Thierry Radière, poète des matins calmes et des routines merveilleuses, à pas perdus dans les mélancolies de tison. Christophe Esnault, à mi-chemin entre poésie et récit, tisse par l'écriture la folie de nos folies pour éviter à tout prix de les médicaliser.

https://www.lespadon.info


Lady'Trice, c'est Pascale Goze.

Elle oeuvre dans l'ombre.

Puisse-t-elle me pardonner ce minuscule coup de projo sur son engagement...

 

 

 

 

 

 

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Écris un seul mot

Écris un seul mot

1

Orphelin sur l'île de ta feuille.

Tu annules mille paroles dérisoires.

 

La famille de tes pensées s'agrandit et

enfin les lettres s'ensemencent.

 

Le chemin encré sinue

vers l'horizon hésitant.

 

Solide naufragé de l'écho des secondes,

tu hantes la surface.

Ta bouche recrache les flots anciens,

ton dos encaisse le fouet des vents.

 

Alors, le radeau de papier s'immobilise dans l'attente de doigts.

 

Largue les âmes rares !

Deux yeux te liront,

bientôt...

 

Guy Reydellet

2Je sais

 

Je sais lire

Je sais faire un sapin

Je sais écrire

Je sais couper des feuilles

Je sais tracer

Je sais plier du papier

Je sais inventer

Je sais vous parler

 

Malek, 6 ans

 

 

 

 

Ces deux-là se sont trouvés. 

Écrit, répondu. 

Le maître était poète.

Aux heures ouvrées, il proposait à ses jeunes élèves de produire de l'écrit sur des livres poèmes au format Poids plume. 20210414_191009

Malek, peut-être, au début, pensa qu'il ne savait pas.

Quelqu'un, peut-être, lui dit que si. Il savait. Plein de choses. Il lui suffisait pour cela de faire l'inventaire, honnêtement. Et c'est là que ça jaillit."Je sais couper des feuilles". Oui, et puis ? "Je sais tracer, plier du papier." Super, et puis ?

"Je sais inventer. Je sais vous parler". Promesse ici livrée à poids plume, ce secret de six ans d'âge et vieux comme le monde ! 

Merci.

Dans la classe, à Montauban, cela a fusé. Des girafes se sont vu pousser des ailes. Des coronavirus fourbes se sont planqués aux poignées des portes. Les jeunes élèves ont enfourché les girafes, envoyé se faire voir le virus, pris la plume et se sont envolés par les fenêtres.

Le maître d'école, lui, il a regardé. Il a écrit. À ses élèves.

"Écris un seul mot".

 

Pour l'aube.

Pour le levain qu'il faut pour que la parole s'élève. Qu'elle panifie. Qu'elle s'offre, craquante comme le pain neuf encore chaud.

Merci.

 

 

 

 

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23 mars 2021

Collec' Poids plume 2021 !

Tentation du silence

 

au commencement

était le verbe

et le verbe20210323_073347[1]

devenu logorrhée

a saturé

la terre entière

et saccagé

des hectares de forêt

le verbe

a perdu son sens

et son poids de silence

alors pour faire taire

le vacarme en lui

il s'est mis à peindre

et sculpter

la matière

comme la potière

patiemment

a modelé

sa terre d'enfance

 

- au commencement

était le verbe

et le verbe

s'est fait terre

 

Hamid Tibouchi

 

 

Très grand plaisir de diffuser ici la liste des 59 livres poèmes de la Collec 2021, par ordre alphabétique des prénoms des auteurs et autrices.

Des mômes, des ados, des adultes. Des poètes inédits pour beaucoup, ou multirécidivistes ayant déjà commis de nombreux livres pour d'autres.

Un seul poème parmi les 59 publiés se lit recto-verso, c'est celui de Catherine Guézel.

Nous avons reçu 303 oeuvres pour cette édition.

Une pensée simple comme bonjour aux auteurs des livres éconduits. Merci pour leur générosité, leur engagement, leur fairplay. Le travail du comité de lecture fut ardu, vraiment. "Un crève-coeur", écrivit Marlène Tissot, la marraine de cette édition, dans un courriel.

Heureux, heureuses de vous livrer la floraison de l'an : le printemps est presque à l'heure cette année. Les petits papiers sont en bourgeons chez les passeurs de poèmes, vous n'avez plus qu'à les ouvrir pour qu'ils fleurissent. C'est instantané. La Collec', c'est vous maintenant qui allez la révéler.

 

Agathe Zimmer

j'ai pris la petite route

Ahmed

je ne sais pas

Collectif

semis-cendres

Anoha Catrou-Lelièvre

à la bibliothèque

Béatrice Lecomte

demain pousse la porte é-cries

Bernard Ruhaud

la nuit couche dehors

Camille Le Falhun

détricotage amoureux

Catherine Guézel

si seulement

Cédric Bessaies

normal

Christ'of Forgeot et Christ’in Cadoret

ode à l'O

Christine Doudoux

petites annonces littéraires

Cisco

voilà que la promenade s'ouvre

Clara Régy

la mire de l'Ortf

Coline Drouhaud

mai

Collectif junior

elle brillera dans le noir

Collectif art d'ehpad

rumeurs et murmures de mémoires

Collectif hôpital de jour

le désir, ce chemin

Dorothée Coll

le temps est somnambule

Emma T et Sophie Grenaud

d'un mot ouvrir le silence

Enzo Loosen

cahier de poésie

Fanny Lapuyade

la vie

Françoise Guillaumond

forêt

Frédéric Giroud

attention vie imminente

Guy Reydellet

écris un seul mot

Hamid Tibouchi

tentation du silence

Éloïse

la vie qui brûle

Henri-Louis

pouf

Hortense Madeuf

torture

Jade Guérin Levray

j'irai

Kessy

message caché

Kiko

corps et bien

Kintin

tout serait si simple

Laure Brouillard et Angélique Condominas

lis-moi dans l'âme, petite

Leng Tan

idées de créer des mots chinois

Lilou Bargès

les 4 saisons

Lise Ladreyt

une girafe volante

Louane

carnet de voyage

Lucas Nolan Paul

l'inclassable

Lana

la maison quand tout le monde dort

Malek

je sais

Marie Rodier

un jour viendra

Marie-Claire Popette

couleurs

Marine Catherine

à perdre la raison

Messyl

que voulais-je te dire

Nathanaëlle Quoirez

je voudrais vous parler d'hélène

Océane Nathan Léa

le souffle de l'océan

Roxanne

quelqu'un

Sarah Lecina

j'ai vécu

Serge Cazenave

pour ne pas oublier

Solène Forsans

entends-tu entends-tu

Swan Schluk

chercheur d'or

Sylvie Le Mercier

confidences

Thierry Radière

le poème, me dis-je

Tom Renaud

tristesse

Tristan Brosse

l'inventaire de la récréation

Wilfried Hildebrandt

je vis sous les arbres

Xénia

hupersensibilités spécifiques

Zahra Yosry

le bonhomme de neige

Zéphirin Boissinot

la ville

Posté par Angelique_ à 07:55 - Commentaires [1] - Permalien [#]